Contexte : Chez le plus vieux boucher-charcutier de Picardie, le jour de la fabrication du boudin.
Le soleil n’est pas encore levé mais de la lumière s’échappe déjà de l’atelier de charcuterie à l’arrière du magasin. Dans cette boutique du sud de l’Oise, tous les produits de charcuterie sont encore produits par le patron, qui tient aux traditions de son métier. Après 65 ans de métier le plus vieux boucher-charcutier arrive encore à faire tourner la boutique, mais il est persuadé qu’il ne trouvera pas de repreneur. La faute aux nouvelles normes sanitaires qui imposeraient au repreneur de refaire complètement toutes les installations.
Jean, 79 ans dont 65 passés dans la boucherie-charcuterie, accueille les clients tous les jours, 5 jours par semaine. Il va régulièrement à l’abattoir pour choisir les bêtes vivantes qu’il se fait livrer quelques jours plus tard pour les préparer à la vente sur son étal. Deux fois par semaine, il met en route “son atelier de charcuterie”, avec l’aide d’un spécialiste de la charcuterie qui vient le seconder. Marcel, l’assistant, n’a pas toujours été ouvrier au service d’un artisan. Pendant plusieurs décennies, il a lui même été patron d’un boucherie. Mais, à 82 ans et avec une petite retraite, il a repris du service pour préparer terrines, boudins, saucissons à l’ail et saucisses fumées.
Les deux artisans qui totalisent plus de 120 ans d’expérience du métier soignent leur travail car ils ont l’amour du bel ouvrage et de leur matière, la viande. Le cochon qui va servir aux charcuteries du jour va être complètement trié, dans un enchainement de tâches bien huilé. Après l’épluchage, l’émincage et la mise en cuisson des huit kilos d’oignons du boudin, le gras du cochon est séparé du maigre. Tout est fait à la main et au couteau, les morceaux sont tous séparés manuellement, même s’il y a une cinquantaine de kilos de viandes à préparer ce jour-là. Les couennes sont mises de côté pour préparer la gélatine qui recouvrira les terrines. La viande du cou est hâchée puis mélangée avec des têtes d’ail pour préparer les saucissons. L’oignon a terminé sa cuisson avec le gras fondant du cochon, le sang est ajouté et le mélange assaisonné avant d’être mis en boyau. A la main, avec un entonnoir et une louche, comme il y a un demi-siècle. Le boudin est presque prêt, et le laboratoire exhale déjà d’alléchantes odeurs de charcuterie. Il est délicatement déposé dans de l’eau bouillante pour terminer sa cuisson.
Un quart d’heure plus tard, le boudin est cuit. Marcel attrape les 15 kilos de boudin, palette de bois dans une main, boudin chaud dans l’autre et les laisse s’égoutter quelques minutes. Sur cette photo, ils sont à peine sortis ; cinq minutes plus tard, ils étaient disposés tous fumants sur l’étal de la boutique. Comme attirés par l’odeur du boudin chaud, les premiers clients débarquaient pour venir chercher le boudin. Certains étant des clients fidèles depuis trente ans, ils savaient que ce jour était celui du boudin, comme tous les mardis depuis 60 ans.
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